Humanoïde 5

Paru le : 11/07/2015

Zoom

L’été dernier, notre premier numéro s’ouvrait avec un bilan des révélations d’Edward Snowden sur l’étendue de la surveillance dont est capable l’Agence de sécurité nationale américaine (la NSA) sous prétexte de lutte antiterrorisme. Malgré les grossiers mensonges du général Keith Alexander qui dirigeait la NSA jusqu’en 2014, on sait aujourd’hui que l’espionnage massif des métadonnées n’a jamais permis d’arrêter qu’un seul « terroriste » : Basaaly Moalin, un chauffeur de taxi d’origine somalienne, coupable d’avoir envoyé vers son pays 8 500 $ en deux ans, argent qui a pu être en partie utilisé pour financer des actes terroristes à son insu. Maigre bilan pour un dispositif gigantesque déployé au mépris des libertés individuelles de millions de personnes.



Le gouvernement français cherche justement à justifier les pouvoirs supplémentaires octroyés aux services de renseignement par la nécessité de pouvoir détecter la menace terroriste en amont, alors que celle-ci n’aurait « jamais été aussi importante ». Or, le bilan en France n’est pas meilleur et les mensonges pas moins gros qu’aux États-Unis : aucun attentat sur notre sol n’a jamais été commis par des individus inconnus des services de renseignement. Nos services fonctionnent, de ce point de vue. Les auteurs avaient tous été détectés au préalable, puis leur surveillance relâchée pour des raisons liées à l’analyse des situations, à la coordination entre services ou parfois au manque de moyens humains. Deux capacités qui n’ont aucun rapport avec les nouveaux pouvoirs réclamés au nom de la sécurité nationale.

Aujourd’hui, alors que l’épluchage des documents Snowden continue, un autre lanceur d’alerte prend visiblement la relève et permet à WikiLeaks d’exposer, en collaboration avec le quotidien Libération et le site Mediapart, des exemples frappants du niveau d’espionnage opéré par la NSA à l’encontre des intérêts français, cette fois pour des motifs purement politiques, économiques et industriels. Et si la sécurité n’était qu’un prétexte, et que le véritable intérêt d’un système d’espionnage massif était là, dans l’obtention d’avantages économiques déloyaux ? Après tout, lorsqu’on veut convaincre les citoyens de sacrifier leur vie privée, il est nettement plus efficace de leur faire miroiter la prévention d’un attentat plutôt que la signature d’un contrat.

Par Ivan Gaudé

5.90 €

Sommaire

  • Panorama